Le peuple Kayan a produit une variété considérable de statues de gardiens qui n'ont pas toutes été directement utilisées comme objets de soutènement pour reliquaire, bien que certaines aient pu servir à protéger la zone du sanctuaire. Celles figurant sur les planches 77 et 79 sont des exemples de statues autonomes, trouvées près des grottes, et représentent des esprits-gardiens des sanctuaires. D'autres encore (planches 75, 76, 78, 80, 81, 87, 88 et 89) étaient destinées à monter la garde à différents endroits stratégiques comme l'entrée d'un village, la frontière d'un territoire ou d’une rizière, par exemple. Ce sont, ce que l'on appelle généralement sur le marché de l’art, des « hampatongs », bien que ce terme soit correctement associé au Ngaju/Ot Danum non Kayan du centre de Bornéo. Par extension, il a fini par être utilisé de manière exogène pour décrire toutes les grandes sculptures en bois indonésiennes, quelles que soient leur culture originelle. Il convient de signaler deux exceptions (planches 80 et 81) qui semblent être une variation du style « genoux-heurtés » mais avec des différences intéressantes. Les mains sont levées de chaque côté du visage avec une bouche ouverte et arrondie créant l'impression que le personnage crie ou hurle. Les yeux sont proportionnellement plus grands et en forme de disque, mais les têtes et les nez sont plus longs et plus fins. Au moins quatre de la demi-douzaine d'exemplaires connus de ce type ont été datés au 14C, avec des résultats dans une fourchette d'ancienneté d'environ 200 à 400 ans BP.


Un imposant modèle de statue monumentale de gardien, généralement debout, était érigé à l'entrée de chaque village (planches 82 à 86), de fonction similaire et de la même façon que les grandes figures ancestrales aux environs d'autres villages Dayak. Ces impressionnantes réalisations Kayan partagent nombre de caractéristiques communes : un large visage profondément incurvé, des yeux incrustés haut près du front, un grand nez complété par des narines triangulaires et une dentition apparente agressive. Le torse, large et épais au niveau des épaules s'amincit jusqu'à une taille fine, une forme qui évoque celle des jarres traditionnelles en céramique. Une épaisse forme horizontale ceint la taille et les hanches au-dessus de jambes puissantes et courtes, très légèrement fléchies sur leurs genoux. Les figures des planches 86 à 88 semblent être des variantes de ce style. La plus ancienne d’entre elles, est datée d’environ 500 ans BP, mais la plupart doivent avoir entre 100 et 300 ans d’âge.


La figure représentée planche 90 est aussi une figure de gardien bien qu’elle ait été probablement posée sur un autel intérieur d’une longue-maison. De taille inhabituelle, elle a probablement été usitée de la même manière que les petites amulettes de protection ou de guérison. La figure principale, une version de la créature à trois griffes et pied de style Ga'ay ou Modang (voir planches 41, 44 et 62), porte dans ses mains, une petite figure appuyée contre son ventre, (un enfant ?) tandis qu'une seconde est suspendue à son dos. Les jambes de la figurine ventrale partent vers l'arrière à partir de ses hanches, s'étirant derrière elle, puis revenant par l'extérieur, près de sa tête. Son style est semblable à celui décrit précédemment comme « mâcheur de noix de bétel ». Par contraste avec tout ce qui précède, la planche 91 est une sculpture « moderne » de gardien de village Modang, réalisée courant 20è siècle. Des éléments archaïques sont encore présents, comme les mains à griffes recourbées que l'on trouve sur les exemplaires précédents. Avant que les anciens du village ne la vendent afin de collecter des fonds destinés à des projets de construction, la pièce était utilisée comme support d’une antenne parabolique (fig. 34).


Mark Johnson

Tutelaires texte 1

Figure de gardien de village. 17ème-19ème siècle (âge estimé). Bois. H : 96" / 243,8 cm. Collection privée.